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(Voir également l'index de toutes les pages sur les micros)

Le micro (et la guitare) Charlie Christian

1 - Mes folies
2 - Dernières nouvelles
3 - Pourrait faire mieux

4 - Quelques guitares de Patrice
5 - Et, en prime, le Maître

Historique - History

  C'est le micro digne des superlatifs: le plus ancien, le meilleur (pour moi et beaucoup d'autres), le plus long, celui qui produit le champ magnétique le plus enveloppant,  etc...

Et c'est, également, le plus ... encombrant, deux exemplaires identiques ne pouvant coexister simultanément dans une seule guitare.

Historiquement, c'est le premier micro pour guitare électrique produit en grande série, spécialement créé pour la Gibson ES-150, première guitare électrique de grande série au monde.

Auparavant, sous l'égide de Loyd Loar (génial créateur des L5, Super 400 et autres "truss rods"), Gibson avait bien expérimenté une guitare amplifiée, apparemment par l'intermédiaire d'un micro électrostatique, dans le courant des années 1920. Mais l'expérience avait tourné court, en raison de son caractère trop révolutionnaire pour l'époque.

De son côté, depuis 1931, Rickenbacker avait monté avec succès des micros "horse shoe" (en fer à cheval), avec leurs énormes aimants, sur  ses "lap steel" (guitares hawaîennes) baptisées "frying pans" (poêles à frire), puis finalement obtenu un brevet pour une guitare électrique en août 1937, brevet déposé par Georges Beauchamp et comportant un schéma d'amplification.

Extrait du brevet Rickenbacker du 10 août 1937
Frying Pan, Horse Shoe, Rickenbacker ... n'a jamais donné dans le raffiné.

Dès 1932, la firme Dobro (Dopeyra Brothers) avait également fourni un micro sur quelques guitares à résonateur et, un peu plus tard, la société Valco déclarera avoir réalisé la première guitare électrique moderne.

De même, dans les années 30, Georges Barnes se montrait armé d'une guitare que je que qualifierait plutôt de "guitare amplifiée", par opposition à ma conception de la guitare électrique.

Mais c'est après avoir produit, vers 1934 ou 35, ses premières guitares hawaïennes et banjos électriques, que Gibson se décide à présenter (dès 1936) puis produire (dès 1937), la première guitare électrique réellement populaire, la fameuse ES-150.

Le nom est attribué à cause du prix de vente d'origine de l'ensemble guitare ES-150 et ampli EH-150: 150 dollars.

Pratiquement dès sa sortie, mais précédé de peu par Eddy Durham puis Floyd Smith, un guitariste génial, Charlie Christian, s'en empare, et la postérité distribue les surnoms: le micro et la guitare "Charlie Christian".
Et comme on ne prête qu'aux riches, d'autre surnoms ont été également décerné au mythique micro: le micro à barrette, ou bar pickup, en raison de la forme de la pièce polaire apparente.
Encore plus tardivement, il sera également appelé CC pickup, par Gibson.

Dès lors, des guitaristes tels que T. Bone Walker, Tall Farlow, Jimmy Raney, Barney Kessel etc. ont contribué au développement du mythe, qui perdure jusqu'à nos jours.

Jimmy Gourley, le plus parisien des américains
(photo François Bouton, Toulouse, circa 1989/90)

Denier avatar historique, de 1939 à 1941, Gibson fournit une version luxueuse de sa guitare, l'ES-250, éventuellement disponible avec son ampli dédié. Seulement 70 exemplaires de cette guitare semblent voir été expédiés, "sunburst" et "natural" confondus.

Sous la pression constante des guitaristes de jazz, Gibson a longtemps continué à fournir ce micro sur commande spéciale, et à en équiper son ES-175 CC.

Même aujourd'hui, Seymour Duncan en fournit une réplique qui semble parfaite.

Pour des détails plus musicaux et jazzistiques, vous pouvez consulter la page d'un passionné: http://users.skynet.be/sky19290/guitare.htm

 


Théorie - Theory

 

 

 

Vous pouvez télécharger un fac-simile du brevet Gibson du 13 juillet 1937, déposé le 8 février 1936 par Guy Hart, et portant sur un "instrument musical électrique": télécharger le pdf zipé ici.

A propos, de Guy Hart, André Duchossoir, questionné sur le personnage, précise dans un mail privé:

" Guy Hart fût le Directeur Général de Gibson de 1924 à 1948 - date à laquelle il fût remplacé par Ted McCarthy à l'initiative de CMI et de Maurice Berlin qui prirent le contrôle de Gibson au sortir de la 2ème guerre mondiale.
Ce n'était pas un ingénieur mais un comptable, engagé en 1923 comme auditeur interne, puis nommé DG en 1924 par le conseil d'administration pour redresser Gibson et surtout lui faire faire des profits - ce qu'il fît au demeurant.
C'est en qualité de DG Gibson qu'il a signé le brevet du micro CC - développé par Walter Fuller à la demande de Guy Hart après l'échec des premiers travaux sur l'électrification des instruments menés au début des années 30.
Par ailleurs c'est Guy Hart qui, par exemple, décida de faire fabriquer des jouets par Gibson après la dépression de 1929 afin de garder la société en activité pendant une période très difficile. Il fût également à l'origine des divers accords passés par Gibson avec d'autres sociétés (eg Montgomery Ward) afin de générer des volumes de production durant les années dites de dépression.
"

Fin ce citation.

Le micro est constitué de deux aimants plats et longs destinés à être fixés par trois vis, sous la table de la guitare, la pièce polaire, sous la forme d'une lame (barrette), traversant la table à angle droit des aimants, et portant la bobine qu'elle traverse.

La principale originalité du micro, ainsi que sa sonorité inégalable, sont, pour moi, dus à la grande longueur de corde qui baigne dans le champ magnétique, celui-ci faisant fortement dévier la boussole depuis la touche jusqu'au chevalet.

Il semble que cette faculté à capter la corde dans un très grande longueur, lui confère une dynamique exceptionnelle et un équilibre sonore très appréciable.

Le principe de la lame (barrette) pourrait également avoir son importance, en réduisant les harmoniques désagréables créés par les pièces polaires discontinues utilisées dans les autres micros.La question reste ouverte.

On pourrait également se demander quel serait le "son" d'un "pseudo CC", dont la  lame servirait d'aimant, et non de simple pièce polaire. Je compte sur vous, lecteur, pour répondre à toutes ces questions, car pour les réponses, "j'ai déjà donné".

Aucune, une seule, ou plusieurs découpes (en fonction de l'année de production) sont pratiquées dans la lame (ou barrette) servant de  pièce polaire, pour ajuster le niveau sonore de chaque corde

 

Copie actuelle du micro Charlie Christian, par Seymour Duncan, et qui porte une échancrure de la "barrette" au niveau de la corde de sol.

A l'origine la bobine comportait 4000 tours de fil AWG#38, d'une résistance approximative de 4 kOhms (± 20%).
Puis, dès mi 1938, le fil est passé à 10000 tours de fil AWG#42, plus fin , accroissant la résistance à 8 kOhms (± 20%), un niveau à correspondu au standard Gibson jusque fin 1960.

Les premiers aimants étaient faits d'alliage fer-nickel, mais à partir de fin 1937, d'alliage fer-nickel-cobalt.

 

En pratique - Practical

  Ce brave Barney Kessel avait fait faire par Gibson, deux ES-350 custom made identiques, ornées chacune d'un superbe micro Charlie Christian et qu'il a traîné avec lui une bonne cinquantaine d'années, jusqu'à son récent décès.

Pour se le procurer, des trésors d'astuces sont accumulées par les amoureux de ce micro.

1 - Mes folies:

Pour ma part, j'ai acheté une Gibson vintage pour en récupérer le micro, et la revendre ensuite, munie d'une copie plus récente du fameux CC. Le superbe micro original est allé rejoindre une J5 de Jacobacci, construite spécialement à son attention.

Sans compter la belle 175 CC achetée chez l'ami Hertz, et la merveilleuse ES-150 de 1938 que m'a vendu André Duchossoir, mais qui sont reparties depuis aux USA, à une époque de vaches maigres.

 Gibson ES-175 CC de 1980

Jacobacci J5 CN CC de 1986,
micro, vraisemblablement de 1938

Gibson ES-150 de 1938

 

2 -Dernières nouvelles:

Belles copies actuelles par CC Pickups (www.ccpickups.co.uk)

3 - Pourraient faire mieux:

En revanche, vous pourrez éviter les copies malheureuses, telles celles-ci, qui ne correspondent que de loin au micro original:

Acceptable, éventuellement, comme second micro, ou pour une solid body (micros Lollar)

A la fois encombrant et mal reproduit
(custom by Lollar)

4 - Quelques guitares de Patrice

 

 

 

 

Patrice Serapiglia-Chevalier est un très bon ami, guitariste anglo-français, spécialiste du style Charlie Christian et collectionneur impénitent.

Choisis dans sa collection impressionnante, il a condescendu à vendre cet ensemble guitare et ampli au Musée de Montluçon, qui a obligeamment fourni cette photo.

 

 

 

Encore plus impressionnante, cette ES-250 N (blonde) à côté de son ampli dédié et d'une ES-300 N à micro diagonal.

Cette ES-250 N est, apparemment, un des deux seuls exemplaires actuellement connus au monde et lui à coûté des années de recherche sur la planète entière, ainsi que ... quelques dollars.

Après quatre années passées en France, à préparer un travail sur Maria Callas qu'il fait chanter avec ... Jacques Lousier ou Jimi Hendrix, Patrice a commis un site WEb que vous allez contempler illico: http://www.patricechevalier.fr.st/

 

5 - Et, en prime

 

 

Le légendaire Charlie Christian caressant une belle ES-250 N
(l'ampli est ce lui d'une ES-150)

 

 

Indispensables, d'autres photos sur le beau site: http://home.elp.rr.com/valdes/photos.htm


Poil à gratter - Itching powder

  Il est à la fois triste et excitant de penser que la première guitare électrique populaire de l'histoire, ainsi que le premier micro, sont des réussites incomparables.

Tellement incomparables que Gibson  a eu toute les peines du monde à faire presque aussi bien, avec ses premières Les Paul, et reste depuis, bien incapable de s'en approcher.

Sic transit gloria mundi.

Enfin, dans la série des "c'est le plus", c'est le micro le plus sensible aux perturbations extérieures, et mon ami Buggywooggie lui reproche même de faire "entendre le métro".
C'est un fait avéré, mais pour des configurations guitare-ampli défectueuses.

PS: pour les bricolos du dimanche, j'ai concocté une page où figure un éclaté du micro en cours d'assemblage. Allez savoir pourquoi, cette page est dénommée agace.html.

 

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Mise à jour, par Jean-Pierre "lbop" Bourgeois, Ingénieur-conseil ©