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Le micro et la guitare "Charlie Christian"

(Voir également les autres pages sur les micros)




Introduction

 

Rendons à Duchossoir ce qui appartient à Duchossoir.

Toute la partie réellement historique de cette page est un emprunt:

  • aux publications publiques de l'ami André Duchossoir,
  • ainsi qu'aux échanges de courriers auxquels il a bien voulu participer.

En effet, André s'est forgé au cours du temps une stature d'historien incontournable du phénomène "vintage", grâce à des accès quasi permanents qu'il cultive aux archives officielles des firmes Gibson et autres Fender.

S'ensuit une refonte complète de cette page, tenant compte de ses diverses publications et remarques amicales.

Quitte à froisser sa modestie, vous y trouverez, écrites en italique vert, les informations directement issues de l'historien, fort marri cependant de l'importance qui lui est légitimement attribuée ici.

Qu'il en soit remercié nonobstant, ainsi que pour toutes les autorisations de diffusion sur le Web de mon véritable "pillage organisé" de ses œuvres et photos originales.

Les autres commentaires techniques ou qui se veulent humoristiques (?) sont de ma pomme.

Haut de page

Historique - History

 

Charlie Christian, micro à barrette, bar pick-up, CC, etc., les noms et surnoms ne manquent pas.

C'est LE micro digne des superlatifs: le plus ancien, le meilleur (pour moi et beaucoup d'autres), le plus long, le plus lourd, celui qui produit le champ magnétique le plus enveloppant,  etc.

Et c'est, également, le plus ... encombrant, deux exemplaires identiques ne pouvant (en principe) coexister simultanément dans une seule guitare (quoi-que ... ?).

Historiquement, c'est le premier micro pour véritable guitare électrique, spécialement conçu pour et avec la Gibson ES-150, première guitare électrique de grande série au monde.

Voyons en détail ce qu'écrivait l'ami Duchossoir en 2009 dans le n°1 de la revue Vintage Guitare, en un article édifiant et fort documenté.

  • Pour l'ensemble, photos incunables et texte, lisez le pdf ---> ici.
  • Pour le texte seul, la lecture en est facilitée ci-dessous, je cite:

"L’introduction de la guitare électrique chez Gibson tend à se confondre avec l'histoire de l'ES-150 utilisée par Charlie Christian dans le sextet de Benny Goodman à partir de 1939. En fait, les vrais débuts électriques de la marque américaine eurent lieu quelque dix ans plus tôt, et cet article décrit le cheminement qui mena à l'introduction de l'ES-150.

Du Cristal à Charlie

Une hypothèse souvent évoquée voudrait que les premiers instruments électriques de Gibson aient été le fruit des travaux de Lloyd Loar, le célèbre ingénieur acousticien qui conçut notamment la guitare L-5 et la mandoline F-5. Selon l'historien Julius Bellson, des modèles expérimentaux mis au point par Loar auraient été présentés à des revendeurs Gibson en 1924, mais sans toutefois générer un intérêt suffisant pour justifier une mise en production Le problème est qu'aucune preuve tangible de ces expérimentations ne s'est matérialisée et les seuls instruments électriques de Lloyd Loar répertoriés à ce jour sont ceux élaborés sous l'égide des sociétés Vivi-Tone en 1933. puis Acousti-Lectric à partir de 1935.

Aussi génial qu’il ait pu être, Lloyd Loar n'aurait sans doute pas pu surmonter en 1924 la principale difficulté qui contrariait alors la diffusion d'un instrument électrique: la technologie primitive des amplificateurs et des haut-parleurs qui allait significativement évoluer dans la 2ème partie des années vingt. La société Stromberg-Voisinet (1) de Chicago fut la première à proposer à l'automne 1928 une gamme d'instruments électriques avec un amplificateur que l'on pourrait presque qualifier de "moderne". Disponibles en plusieurs styles, les  modèles Stromberg Electro étaient équipés  d'un  micro électromagnétique conçu pour reproduire les vibrations de la table d'harmonie.

Soucieux alors de développer ses activités "guitare", Gibson réagit en présentant à son tour en 1929 un package électrique axé sur ses modèles "arch-top". Les rares exemplaires connus indiquent que les premières Gibson électriques furent des L-4 à bouche ronde (par ex n/s 89449) ou des L-5 avec ouïes en "f" (par ex n/s 88258). Ces guitares étaient équipées d'un micro de type piézo-électrique, une technologie déjà maîtrisée à l’époque, et non d'un micro électromagnétique comme les Stromberg Electro. Toutefois, à l'instar de ces dernières, le micro piézo placé dans la caisse captait les vibrations de la table et du chevalet, et non celles émises directement par les cordes.

Les ambitions électriques (de Stromberg ou de Gibson) durent vite faire place à d'autres priorités avec le krach d'octobre 1929 et la sévère dépression économique qui affecta les Etats Unis jusqu'en 1933. Des documents émanant de l'usine Gibson donnent cependant à penser qu’en dépit du contexte, la fabrication d'instruments "électrifiés" se poursuivit sur une très petite échelle. Grâce au numéro attribué à chaque ampli, le nombre total de ces premiers ensembles électriques peut ainsi être estimé à une petite cinquantaine d'unités sur une période de cinq ans.

Nous avons notamment trouvé trace d'une L-4 avec n/s 90173 (=1930) associée à son ampli N°45, livrée à un dénommé Leroy Dawns.

2ème ELECTROCHOC

A l'automne 1932, la société Ro‑Pat‑In de Los Angeles entreprit de commercialiser des guitares électriques (hawaïennes et conventionnelles) équipées d’un micro électromagnétique mis au point par George Beauchamp. Ce micro fut le premier à utiliser la vibration des cordes, et non celle de la table ou du chevalet, pour générer le signal électrique à amplifier. Même si le démarrage de ces modèles initialement vendus sous la marque Electro (puis Rickenbacker Electro en 1934) s'avéra plutôt lent dans un contexte post‑Dépression, ils n'en constituèrent pas moins le déclencheur qui marqua les vrais débuts de l'ère électrique.

Gibson tenta de relancer son package avec micro piézo en lui adjoignant un ampli, dont le faible poids, aux dires de Gibson, était l'un des attraits. Comme il n'était pas concevable alors d'acheter une guitare électrique sans un ampli, un relatif flou technique englobait la fonctionnalité offerte - jouer de façon amplifiée - sans distinguer le rôle du micro, parfois assimilé à un amplificateur, et celui de l'ampli, parfois relégué au simple rôle de haut-parleur. Le pamphlet annonçant ce package insiste sur le fait qu'il s'agit "absolument d'un tout nouvel instrument, en soulignant les avantages du micro "qui peut être monté sur n'importe quel instrument Gibson, neuf ou vieux” en permettant "d'être joué avec ou sans ampli sans que cela change la tonalité de l'instrument”.

L'aspect financier n'était pas ignoré puisque le prix de vente de ce micro avec ampli et câble s'élevait à (seulement) 100 dollars, y compris l'installation dans une guitare non incluse dans le prix! Gibson cherchait en fait à accréditer l'idée qu'il était moins onéreux d'amplifier une guitare acoustique, neuve ou ancienne, plutôt que d'acquérir un modèle strictement électrique aux moins bonnes qualités acoustiques.

Ce plan aurait pu à la rigueur marcher si le principal vecteur de développement des instruments électriques au milieu des années 30 n'avait pas été la guitare hawaïenne. Grâce à leur micro électromagnétique puissant et leur corps tout en aluminium les Rickenhacker Electro type A22 et A25 disposaient d'un volume et d'une tenue de note ("sustain”) hors de portée des guitares à micro piézo proposées par Gibson. Ce deuxième électrochoc contraignit donc la marque à revoir sa stratégie électrique au début de l'année 1935.

UN NOUVEAU TYPE DE MICRO

Afin de mettre au point le plus rapidement possible lait micro analogue à celui de Rickenbacker, Gibson prit contact avec un ingénieur nommé John Kutalek qui travaillait chez Lyon & Healy, une grande société de Chicago cliente de Gibson. Guy Hart, directeur général de Gibson, eut la bonne idée de lui associer un jeune guitariste talentueux, Alvino Rey, déjà connu de la marque, et surtout l'un des premiers à avoir utilisé un lap‑steel Rickenbacker Electro. Comme le raconte candidement Alvino Rey: “Gibson prit le micro Rickenbarker et le copia - mais ils ne purent avoir les aimants en forme de U autour des cordes parce qu 'ils ne pouvaient pas contourner le brevet le Rickenbacker". Ce détail peut expliquer pourquoi le prototype mis au point par Kutalek juste avant l'été 1935 ne donna pas satisfaction.

Le projet fut alors rapatrié à l'usine de Kalamazoo où Walter Fuller, recruté en 1933 comme auditeur, fut chargé de la conception du premier micro électromagnétique de Gibson. C'est lui qui eut l'idée d’une construction avec deux grands aimants disposés côte à côte sous le bobinage du micro afin de créer un champ magnétique assez large pour capter correctement la vibration des cordes. Le premier micro à barrette (2) fut finalisé en quelques semaines et installé en urgence dans une mini-guitare en aluminium de type lap-steel, dont les premiers exemplaires furent livres en novembre 1935.

Tout en parant au plus  pressé avec son lap‑steel en aluminium, Gibson n'en oublia pas pour autant la guitare conventionnelle. Durant le quatrième trimestre 1935, quelques instruments de type "Electric  Spanish” furent ainsi adressés à diverses personnalités de chez Gibson. Coincée entre, d’une part, le désir de proposer une guitare électrique conventionnelle et, d'autre part, les contraintes d'installation du volumineux micro à barrette, Gibson choisit de développer une variante susceptible d'être montée sur la bouche ronde d'une guitare flat-top. Et Comme le volume (la caisse) n'était pas un facteur critique pour le son à électrifier, les modèles privilégiés pour cette nouvelle approche, furent les petites "flat-tops" de 14 pouces telles que la L-00, la L-1 et la L-C (Century).

Un rapide comptage ligne à ligne révèle qu'en janvier et février 1936, vingt L-00 (et/ou  TG-00), sept L-1 et quatre L-C ainsi "électrifiées" furent expédiées avec leur ampli à divers revendeurs. Il faudrait analyser la totalité des mouvements de l'année pour savoir combien de packages de ce type furent livrés en 1936, mais leur nombre se monte sans doute à plusieurs dizaines. Sur le terrain, il n'est pas facile de repérer ces premières flat-tops électriques, car leur numéro d'usine n'a pas été noté dans les registres de l'époque et le micro rosace étant amovible, beaucoup l'abandonnèrent au fil des ans et de l'introduction de nouveaux micros. En outre, dès lévrier 1936, le micro pour guitare à bouche ronde fut commercialisé séparément sous l'appellation ES-96 à un prix de 35 dollars hors ampli, concurremment avec une version moins onéreuse baptisée ES-75 vendue 20 dollars.

Micro E-96 pour guitare à bouche ronde

UNE GUITARE POUR CHARLIE

La marque pionnière en matière de guitares à table bombée ("arch top") ne pouvais pas se tenir à l'électrification des seules flat-tops, considérées alors par Gibson comme une catégorie inférieure. Les registres d'usine indiquent qu'une L-7 électrique portant le n/s 92767 fut livrée avec ampli au patron du marketing, George Post, le 4 mai 1936. Les expéditions faites en avril et mai à des cadres  commerciaux comme Lawrence Neal ou Thomas Peacock, indiquent qu'il s'agit d'un modèle L-7 équipé d'un micro flottant baptisé ES-85. Après les micros ES-96 et ES-75 pour guitares à bouche ronde, Gibson fit en sorte de proposer une variante destinée aux guitares arch-top avec ouïes en "f", avec une structure plus aplatie afin de pouvoir se fixer entre les cordes et la table. Fort de trois modèles de micros adaptables (ES-75, ES-85 et ES-96), Gibson estima qu'il n'était pas indispensable de proposer une guitare qui soit électrique de naissance et non simplement électrifiée.

Le développement des ventes d'instruments électriques ainsi que les produits de la concurrence incitèrent pourtant Gibson à rectifier le tir dès l'automne et à mettre enfin en chantier la guitare qui serait popularisée par Charlie Christian. Le modèle ES-150 - puisque c'est de lui dont il s'agit - peut être assimilé à une version électrique de la L-50 acoustique avec caisse de 16 pouces (N.B. : 406 mm], dont la table aurait été renforcée pour permettre le montage en suspension du micro à barrette.

La toute première ES-150 destinée à un revendeur Gibson sortit le 20 novembre 1936, et au total quelques 25 exemplaires fuirent expédiés à la fin de l'année 1936. Les registres d'usine, plus diserts avec les arch-tops qu'avec les flat-tops, indiquent qu'ils appartiennent presque tous au lot ("batch") numéroté 1098B. Deux autres lots furent lancés à l'automne 1936, mais leur expédition n'intervint qu'à partir du 30 décembre 1936 (batch 1137B) et du 7 janvier 1937 (batch 1136B). Tous les instruments de ces lots ont une finition sunburst, mais les relevés de terrain montrent qu'un quatrième lot, également lancé en 1936, mais livré seulement à partir de 1937, est constitué d'ES-150 entièrement noires. A l'instar des séries "Black Special" (3). il est possible que Gibson ait essayé de commercialiser une version plus basique de I'ES-150 (avec notamment mini logo Gibson blanc sérigraphié) mais l'expérience resta sans lendemain.

Plus de 500 exemplaires de la nouvelle ES-150 trouvèrent preneurs en 1937, confirmant la forte attente qui existait chez les musiciens pour une guitare électrique non-hawaïenne - même si les modèles EH continuèrent à être vendus en plus grand nombre. L'ES-150 permit à plusieurs guitaristes de jazz mais pas seulement, de se mettre en valeur avec un discours musical novateur - de Charlie Christian, bien sûr, à Oscar Moore en passant par Mary Osborne on Junior Barnard.

L'impact de Charlie Christian fut tel que l'ES-150 et son micro à barrette furent très vite associés à son nom pour la postérité.

Le démarrage de l’ES-150 conforta la pertinence d'une stratégie de développement tous azimuts des instruments électriques, à tel point qu'en 1939 la gamme de Gibson ne comportait rien moins que 11 modèle différents, y compris mandolines et banjos. sans compter les premières basses électriques réalisées en commande spéciale. La voie était tracée, mais il faudra quand même attendre jusqu'en 1955 pour que la production des instruments électriques dépasse celle des instruments acoustiques.

NOTES:

(1) La sociéte Stromberg Voisinet, alors animée par Henry Kurmeyer, prit le nom à consonance plus américaine de Kay Musical Instrument Co à compter de 1931.

(2) a désignation micro à barrette (bar pickup en anglais) provient de la lame en métal insérée dans la bobine comme pièce polaire pour capter le signal des cordes, alors que la véritable originalité du micro est en fait la configuration de ses aimants.

(3) Entre 1934 et 1945, Gibson fabriqua diverses séries d'instruments, le plus souvent dérivés des L-50 et L-30, dotés d'une finition noire très basique et vendus à “petits" prix aux revendeurs Ces modèles dits 8!ack Special" ne furent jamais mentionnés dans les catalogues de la marque

Fin de citation.

J'ajouterai à cette mise au point qui fait désormais loi d'airin, quelques modestes commentaires de mon cru, quitte à subir les foudres de l'ami André.

Auparavant, sous l'égide de Lloyd Loar (1886-1943, génial créateur de la L-5), Gibson aurait expérimenté une guitare amplifiée, apparemment par l'intermédiaire d'un micro électrostatique, dans le courant des années 1920 (vraisemblablement 1924). Mais l'expérience aurait tourné court, en raison de son caractère trop révolutionnaire pour l'époque. Cette mésentente entre Lloyd Loar et Gibson a du accélérer le départ de Loar en 1925, pour poursuite de ses travaux en acoustique.

Première photo d'un prototype de guitare électrique.
Photo, archives Gibson, 1924.

D'après André Duchossoir, Gibson Electrics, Mediapress (ISBN 2-9036-4800-X)

Mais, surprise, le 3 février 2014, André m'écrit, je cite:
"Il n'existe aucune trace réelle, papier ou instrument, des micros électrostatiques que Loar aurait soi-disant créé dans les années 20. C'est une fable que Gibson a savamment entretenue - y compris récemment - pour valider son rôle de pionnier de la guitare électrique"
Fin de citation.

Puis, le 13 mars 2014, il précise, je cite:
"Cette première électrique avec son ampli sculpté ne date pasde 1924 mais plutôt de 1932. Ce sont les gars de Gibson qui m'ont planté en leur temps en entretenant la légende des travaux de Loyd Loar."
Fin de citation.

De son côté, depuis 1931, Rickenbacker avait monté avec succès des micros "horse shoe" (en fer à cheval), avec leurs énormes aimants, sur ses lap steels (guitares hawaïennes) baptisées "frying pans" (poêles à frire), puis finalement obtenu un brevet pour une guitare électrique en août 1937, brevet déposé par Georges Beauchamp et comportant un schéma d'amplification.

Extrait du brevet Rickenbacker du 10 août 1937.
Frying Pan, Horse Shoe ... Rickenbacker ... n'a jamais donné dans le raffiné!

Dès 1932, la firme Dobro (Dopeyra Brothers) avait également fourni un micro sur quelques guitares à résonateur et, un peu plus tard, la société Valco déclarera avoir réalisé la première guitare électrique moderne.

De même, dans les années 30, Georges Barnes se montrait armé d'une guitare que je que qualifierait plutôt de "guitare amplifiée", par opposition à ma conception de la guitare électrique. Et le premier mars 1939, il enregistrait "Sweetheart Land" et "It's a Lowdown Dirty Shame" avec Big Bill Broonzy, premier enregistrement commercial avec une "quasi guitare électrique".

Mais c'est après avoir produit, vers 1934 ou 35, ses premières guitares hawaïennes et banjos électriques, que Gibson se décide à présenter (dès 1936) puis produire (dès 1937), la première guitare électrique réellement populaire, la fameuse ES-150.

André Duchossoir précise, je cite:
"La guitare ES-150 fit son apparition plus d'un an après le lap aluminium: ce n'est qu'à partir de novembre 1936 que les premiers exemplaires furent commercialisés et la première annonce du modèle fut publiée en décembre 1936.
Au total, j'ai comptabilisé 1319 exemplaires d'ES-150 avec micro CC livrées par Gibson entre novembre 1939 et octobre 1940.
"
Fin de citation.

Comme souvent chez Gibson, le nom fut attribué à cause du prix de vente d'origine de l'ensemble guitare ES-150 et ampli EH-150: 150 dollars.

En prime vous trouverez la notice originale et le schéma de l'ampli EH-150 ----> ici

Doté d'un push-pull de deux 6L6, l'ampli disposait d'une puissance d'une quinzaine de watts, relativement importante pour l'époque, et pouvait même être doublé d'un dénommé "echo speaker", vraisemblablement une enceinte acoustique complémentaire.

Pratiquement dès sa sortie (mais précédé de peu par Eddy Durham puis Floyd Smith), un guitariste génial, Charlie Christian, s'en empare, et la postérité distribue les surnoms: le micro et la guitare "Charlie Christian".
Et comme on ne prête qu'aux riches, d'autre surnoms ont été également décerné au mythique micro: le micro à barrette, ou bar pickup, en raison de la forme de la pièce polaire apparente.
Encore plus tardivement, il sera également appelé CC pickup, par Gibson.

Dès lors, des guitaristes tels que T. Bone Walker, Oscar Moore, Tall Farlow, Jimmy Raney, Barney Kessel ... etc. ont contribué au développement du mythe, qui perdure jusqu'à nos jours.


Le regretté Jimmy Gourley († 7décembre 2008), le plus parisien des américains
(photo François Bouton, Toulouse, circa 1989/90).

Oscar Moore et sa LS-5 N CC, avec Nat king Cole, circa 1940

Dernier avatar historique, de 1939 à 1941, Gibson fournit une version luxueuse de sa guitare, l'ES-250, éventuellement disponible avec son ampli dédié. Seulement 90 exemplaires de cette guitare semblent avoir été produits (et 88 expédiés), "sunburst" et "natural" confondus (pour les détails, voir la revue "Vintage Vertigo n°2).

Cependant, à partir de la seconde guerre mondiale, l'ES-150 est devenue un modèle abâtardi et totalement différent, portant un micro P90 et ne répondant plus à l'esprit "Charlie Christian".

Mais sous la pression constante des guitaristes de jazz, Gibson a longtemps continué à fournir ce micro sur commande spéciale, et à en équiper par exemple son ES-175 CC.

Même aujourd'hui, Seymour Duncan en fournit une réplique qui semble parfaite.

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Théorie - Theory

 

 

Vous pouvez télécharger un fac-similé du brevet Gibson du 13 juillet 1937, déposé le 8 février 1936 par Guy Hart, et portant sur un "instrument musical électrique": télécharger le pdf zipé ici.

A propos, de Guy Hart, André Duchossoir, questionné sur le personnage, précise dans un mail privé:

Je cite:
" Guy Hart fut le Directeur Général de Gibson de 1924 à 1948 - date à laquelle il fut remplacé par Ted McCarthy à l'initiative de CMI et de Maurice Berlin qui prirent le contrôle de Gibson au sortir de la 2ème guerre mondiale.
Ce n'était pas un ingénieur mais un comptable, engagé en 1923 comme auditeur interne, puis nommé DG en 1924 par le conseil d'administration pour redresser Gibson et surtout lui faire faire des profits - ce qu'il fit au demeurant.
C'est en qualité de DG Gibson qu'il a signé le brevet du micro CC - développé par Walter Fuller à la demande de Guy Hart après l'échec des premiers travaux sur l'électrification des instruments menés au début des années 30.
Par ailleurs c'est Guy Hart qui, par exemple, décida de faire fabriquer des jouets par Gibson après la dépression de 1929 afin de garder la société en activité pendant une période très difficile. Il fut également à l'origine des divers accords passés par Gibson avec d'autres sociétés (e.g. Montgomery Ward) afin de générer des volumes de production durant les années dites de dépression
.
"
Fin ce citation.

Données purement techniques:

  1. Le micro est constitué de deux aimants plats et longs destinés à être fixés par trois vis, sous la table de la guitare, la pièce polaire - sous la forme d'une lame (barrette) - traversant la table à angle droit des aimants, et portant la bobine qu'elle traverse.

  2. La principale originalité du micro, ainsi que sa sonorité inégalable, sont pour moi dus à la grande longueur de corde qui baigne dans le champ magnétique, celui-ci faisant fortement dévier la boussole depuis la touche jusqu'au chevalet.

  3. Il semble que cette faculté à capter la corde sur une très grande longueur, lui confère une dynamique exceptionnelle et un équilibre sonore très appréciable.

  4. Le principe de la lame (barrette) pourrait également avoir son importance, en réduisant les harmoniques désagréables créés par les pièces polaires discontinues utilisées dans les autres micros. La question reste ouverte.

  5. On pourrait également se demander quel serait le "son" d'un "pseudo CC", dont la lame servirait d'aimant, et non de simple pièce polaire. Je compte sur vous, lecteur, pour répondre à toutes ces questions, car pour les réponses, "j'ai déjà donné".

  6. Aucune, une seule, ou plusieurs découpes (en fonction des modèles de guitares et de l'année de production) sont pratiquées dans la lame (ou barrette) servant de  pièce polaire, pour ajuster le niveau sonore de chaque corde

  7. A l'origine la bobine comportait 4000 tours de fil AWG#38, d'une résistance approximative de 4 kOhms (± 20%).
    Puis, dès mi-1938, le fil est passé à 10000 tours de fil AWG#42, plus fin , accroissant la résistance à 8 kOhms (± 20%), un niveau qui à correspondu au standard Gibson jusque fin 1960.
     
  8. Les premiers aimants étaient faits d'alliage fer-nickel, mais à partir de fin 1937, d'alliage fer-nickel-cobalt.
    NB: contrairement aux tenaces idées reçues, les points 7 et 8 sont de relativement faible importance dans la sonorité du micro, par rapport à la puissance et la répartition spatiale du champ magnétique produit par les aimants. En ce sens et d'après le point 2, un CC aux aimants non normalement développés n'est pas - pour sa sonorité - un véritable CC!

  9. Pour les "bricolos du dimanche", j'ai concocté une page où figure un éclaté du micro en cours d'assemblage. Allez savoir pourquoi, cette page est dénommée agace.html.

  10. Les bricolos pourront également s'inspirer des idées apparemment inédites développées plus bas.

Copie actuelle du micro Charlie Christian, par Seymour Duncan, et qui porte une échancrure de la "barrette" au niveau de la corde de Si.

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En pratique - Practical

 

Tout comme bien d'autres professionnels (Hank Garland, Tal Farlow, etc.) qui ont toujours réussi à se procurer le miraculeux micro, ce brave Barney Kessel avait fait faire par Gibson, deux ES-350 custom made identiques (d’après le luthier François Guidon), ornées chacune d'un superbe micro Charlie Christian et qu'il a traîné avec lui une bonne cinquantaine d'années, jusqu'à son récent décès (6 mai 2004).

Barney Kessel jouant une de ses mythiques ES-350 CC

Pour se le procurer, des trésors d'astuces sont accumulées par les amoureux de ce micro, quitte, comme le regretté Roger Jacobacci, à envoyer de émissaires spéciaux aux USA.

Et André Duchossoir précise, je cite:
"Mais face à la demande constante de ceux qui voulaient avoir le même micro que Charlie Christian, Gibson confirma par écrit sa disponibilité en option au prix de $60 dans le numéro de juillet/août 1958 de la Gibson Gazette - la revue officielle de la marque"
Fin de citation.

1 - Mes folies:

Pour ma part, j'ai acheté une Gibson vintage pour en récupérer le micro, et la revendre ensuite, munie d'une copie plus récente du fameux CC. Le superbe micro original est allé rejoindre une J5 de Jacobacci, construite spécialement pour moi à son attention.

Sans compter la belle 175 CC achetée chez l'ami Hertz, et la merveilleuse ES-150 de 1938 que m'a cédée l'autre ami André Duchossoir, mais qui sont reparties depuis aux USA, à une époque de vaches maigres.

 Gibson ES-175 CC de 1980,
revendue pour "faire de la place".

Jacobacci J5 CN CC de 1986,
micro, vraisemblablement de 1938.
Toujours "en activité".

Gibson ES-150 de 1938, hélas revendue
pour "cause de dèche"(snif!)

2 -Dernières nouvelles:

Belles copies actuelles par CC Pickups (www.ccpickups.co.uk)

3 - Pourraient faire mieux:

En revanche, vous pourrez éviter les copies malheureuses, telles celles-ci, qui ne correspondent que de loin au micro original:

Acceptable, éventuellement comme second micro, ou pour une solid body (micros Lollar)

A la fois encombrant et mal reproduit
(custom by Lollar)

4 - Quelques guitares de Patrice

 

 

 

 

Patrice Serapiglia-Chevalier est un très bon ami, guitariste franco-anglais, spécialiste du style Charlie Christian et collectionneur impénitent.

Choisis dans sa collection impressionnante, il a condescendu à vendre cet ensemble guitare et ampli au Musée de Montluçon, qui a obligeamment fourni cette photo.

 

 

 

Encore plus impressionnante, cette ES-250 N (blonde) à côté de son ampli dédié et d'une ES-300 N à micro diagonal.

Cette ES-250 N lui à coûté des années de recherche sur la planète entière, ainsi que ... quelques dollars.

5 - Et, en prime, la référence: Charlie himself

 

 

Le légendaire Charlie Christian caressant la belle ES-250 qui fut son instrument privilégié à compter le la fin avril 1940 jusqu'à son hospitalisation en juillet 1941
(l'ampli est ce lui d'une ES-150)

 

 

Indispensables, d'autres photos sur le beau site: http://home.roadrunner.com/~valdes/

6 - Les entailles sur la barrette, sujet qui fâche.

Tout guitariste normalement constitué à remarqué que de nombreux micros "Charlie Christian" portaient une ou plusieurs entailles pratiquées sur la lame, destinées à équilibrer le niveau capté sur les diverses cordes.

Leur nombre et emplacement à fait l'objet de commentaires plus ou moins justifiés, jusqu'à l'arrivée du juge de paix, un mail que m'adresse André Duchossoir le premier septembre 2011 à 11h41, heure de Paris.

Expurgé des formules de politesse dont André n'est pas avare, on peut y lire en substance ces propos édifiants:

Je cite:
"Je viens de lire les quelques échanges concernant le micro CC dans Guitar Lovers et je voudrais y ajouter les quelques précisions suivantes. Il se trouve que je viens de terminer un long article (à destination des USA) à propos de l’ES-150 CC qui va glorieusement fêter son 75ème anniversaire en novembre prochain.
 
La première précision est que la 150 avec micro dit Charlie Christian fut livrée par Gibson de novembre 1936 à octobre 1940 – et pas seulement entre 1937 et 1939. Au total j’ai recensé (et listé individuellement) 1.319 ES-150 sur cette période.
 
La deuxième précision concerne les échancrures sur la barre du micro. Seuls les micros des modèles haut de gamme (par ex: ES-250 en guitare) ont effectivement des mini-dents individuelles pour chaque corde, car la présence d’échancrures (par ex: pour la corde de SI) semble avoir été aléatoire ou à la demande du client pour les autres modèles. Ainsi j’ai vu des ES-150 de 1938, 1939 ou 1940 n’ayant aucune échancrure sur la barre du micro. Même aléa pour les hawaïennes, j’ai une 8 cordes de début 1938 dont le micro a
une barre entièrement échancrée comme sur une 250 et une 10 cordes de la même époque avec une barre sans aucune échancrure! C’est aussi cela Gibson.
"

Fin de citation.

L'incident est clos, et l'incendie éteint.

Comme souvent, la règle est qu'il n'y a pas de règle absolue.

7 - Doublage du Charlie Christian.

En raison de l'énormité de son aimant, il est très difficile de monter un second micro sur la même table.

  • On peut cependant noter que le grand Tal Farlow avait fait doubler le Charlie Christian de sa célèbre "ES-350 spéciale" par un simple P-90
      (à moins qu'il n'ai fait que monter un CC à la place du P-90 neck d'origine):

Tall et son "ES-350 spéciale"

La petite histoire ne dit pas si les deux micros étaient magnétiquement couplés ou non.

  • Autre variante, destinée en 1941 à Alvino Rey, et due à l'ingénieur Walter Fuller de la firme Gibson, cette ES-250 v2 qui devint la première guitare électrique de la marque équipée de deux micros (d’après André Duchossoir, dans la superbe revue Vintage Vertigo n°2):

Le second micro est un micro de lap-steel avec aimant en U, moins encombrant qu'un micro à barrette.
(photo Vintage Vertigo, d'après l'original de Lynn Wheelwrite)

  • L'ami André Duchossoir, toujours à l'affut de mes manquements récurrents à l'éthique de la guitare électrique, me fait également remarquer l'astuce qui permet de monter deux CC complets dans la guitare de Tony Mottola
    (merci pour le poids du tank):

La L-5SPE 1941 de Tony Mottola
(voir les vis de montage du second CC entre chevalet et cordier)

NB: la petite histoire, contée par l'ami André, dit que cette guitare était originellement destinée à Charlie Christian, malheureusement décédé avant de l'avoir même vue. Lors, c'est Tony Mottola, autre célèbre Gibson endorser de l'époque, qui l’hérita (gratuitement, bien sur).

  • Mais ni Tal, ni Tony, ni les gens de chez Gibson, n'ont songé à la possibilité de monter deux bobines et deux lames (barrettes) identiques aux deux extrémités du même gigantesque aimant!
    Il suffisait ensuite de correctement assurer la polarité des bobines siamoises.

C'eût été le véritable double Charlie Christian!

L'idée avait d’ailleurs été suggérée par l'ami Jean Debeze (dit "BuggyWooggie"), ainsi que celle d'un autre micro inspiré du CC et envisagé par le duo Jean- Debèze/Roger Jacobacci dans le années 50 (1950, pour les pointilleux). Voir ---> ici.

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Poil à gratter - Itching powder

 

Incomparable, tellement incomparable que Gibson  a eu toute les peines du monde:

  • à l'abandonner en production de série,
  • faire presque aussi bien avec ses premières Les Paul,
  • et reste depuis bien incapable de s'en approcher qualitativement.

Sic transit gloria mundi.

Enfin, dans la série des "c'est le plus", c'est le micro le plus sensible aux perturbations extérieures, et mon ami BuggyWooggie lui reproche même de faire "entendre le métro".
C'est un fait avéré, mais pour des configurations guitare-ampli défectueuses.

Il est à la fois triste et excitant de penser que la première guitare électrique populaire de l'histoire, ainsi que le premier micro, sont des réussites toujours actuelles, seulement caricaturées par les matériels plus récents.

En résumé, cette guitare - avec l'inabordable ES 250 - est restée l'archétype de la guitare de jazz (pour moi, LA SEULE vraie guitare électrique), par opposition aux solid bodies, mieux adaptées au rock et à la démesure démagogique du marché de la musique.


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Mise à jour, par Jean-Pierre "lbop" Bourgeois, ingénieur-conseil ©
 

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