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Les guitares et basses Jacobacci, dites simplement "Jaco"

Remerciements: cette page, la première à avoir reçu l'agrément de Roger Jacobacci, a été vérifiée, corrigée et complétée sur certains détails par des personnages faisant autorité en la matière et qui me font l'honneur de me tutoyer.

Elle a fait, de plus, l'objet de développements récents et inattendus, dans une aventure dénommée:

Le projet Jacobacci 

Promouvoir cette page sur Google

Soient remerciés, mes grands amis:

  • André Jacobacci († 1991), dit Dédé.
  • Roger Jacobacci († 2010), en personne, page par lui jugée un peu "osée" sur certains points, (mais c'est la  " marque de la maison lbop"),
  • Pierre Cullaz († 2014), le plus respecté des guitaristes de jazz français, inconditionnel des Jaco,
  • Jean-Pierre Lamarque, grand collectionneur et amis intime de la famille  "Jaco", possesseur de la première Gimenez et ... de la dernière Sacha Distel "ultra secrète".
  • André Duchossoir, le célèbre auteur de Gibson Electrics et autres ouvrages connus "world wide", par ailleurs cousin des frères Jacobacci et fils d'un nom moins célèbre guitariste de jazz,
  • Stanislas Grenet, chargé de mission auprès du Musée des Musiques Populaires de Montluçon, remercié pour ses conseils et les photos extraites de l'exposition qu'il dirige.
  • Marc Sabatier, nouveau venu parmi les spécialistes, dont la compétence ... à dépassé la mienne, depuis la création de cette page.
  • Gérard la Viny († 2009), royal ambassadeur de la biguine à Paris, qui fut mon voisin tant en Guadeloupe qu'à Pigalle
  • Sans oublier les amis qui m'ont adressé des photos ou participé à la réalisation du "Projet Jacobacci", tel mon ami Vivi,  détenteur du nom de domaine www.jacobacci.org qu'il a mis gracieusement à notre disposition.



Théorie - Theory

 
Les "Jaco", "inventeurs" de la lutherie de la guitare électrique française.

Hormis le beau bouquin, intitulé "Luthiers & Guitares d'en France" « sponsorisé » par Francis Cabrel, qui décrit assez bien la carrière de la tribu Jacobacci, mon copain Pierre "guitare" Séguin m'a fait remarquer qu'il ne trouvait (en 2000) aucun document sur leurs guitares.

Connaissant assez mal l'époque de Vincent Jacobacci, père de la lignée, je me contenterai de rappeler ici l'histoire des deux frères, connus par les musiciens sous le vocable unique de "Jaco".

On dit (ou on disait), en effet,... une "Jaco",... je vais chez "Jaco" faire revernir ou refretter ma gratte, comme si les deux frères ne faisaient qu'un.

Hors, d'une production annuelle de 500 guitares entre 1954 et 1964, suivie de séries de 150, de 1964 à la date de fermeture de l'atelier de la rue Delaitre, quasiment 10 000 instruments ont été fabriqués sur l'établi qui a réuni pendant cinquante ans André et Roger Jacobacci, si on compte la période du papa.

Et si l'on énumère les personnages connus qui on joué ou jouent toujours leurs guitares ou basses, on trouve, dans le désordre et avec le seul témoin de ma mémoire non exhaustive :

Pierre Cullaz, Raymond Gimenez,  Jean Bonal, Raymond Boni, Gérard Marais, Slim Pezin, Sylvain Marc, Janic Top, Bernard Paganotti, Marcel Dadi, Johnny Halliday, Sacha Distel, Serge Langfield, les groupes des Chats Sauvages, Chaussettes Noires, Jerry Lee Marcel, Kassav, Gérad La Viny, Frank Zappa, et bien d'autres "requins de studio" tels Francis Darriz-Curren,  Laurent Cokelaere, Laurent Vernerey,  et encore ..., j'abrège.

Zappa et sa "Studio III"

Egalement, beaucoup d'inconnus, comme moi, sont tombés tous petits dans la marmite « Jaco ». Je m'en suis aperçu le jour où j'ai constaté que, depuis ma première « Royal » de 1956, j'avais toujours possédé au moins une de leurs grattes en 55 ans de guitaromanie. 

Je pense également à mon ami Jean-Pierre Lamarque, grand collectionneur de « vintages » et fana des « Jaco », ou bien à Dugain, créateur des médiators du même nom et fidèle à sa "Royal", qui sont à peu près dans le même cas que moi: définitivement Jacophilles incurables.

Enfin, quoi qu'ils l'avouent sans réserve ou s'en défendent hypocritement, l'ensemble des luthiers français qui donne dans l'électrique, est tributaire de la filiation des frangins.

Alors Il fallait bien, pour la mémoire d'André et pour l'amitié de Roger, que quelqu'un se dévoue. Mais vous voudrez bien m'excuser pour les éventuelles erreurs ou omissions, car cette page est réalisée presque sans document autre que ma tête de linotte et l'aide des bonnes volontés énumérées plus haut.

Un dernier détail, avant de tenter de célébrer la jaccologie: 

  • L'un (André, dit "Dédé"), était réservé et taciturne, mais prêt à rire aux facéties du second et à pudiquement glisser un "private joke".
  • L'autre (Roger), malgré le panneau  
SOYEZ
BREF...
SVP

, est resté très prolixe et s'occupait, en discutant avec vous, à donner, par exemple, de furieux coups de ciseau à bois à un manche qui semblait ensuite s'encastrer comme par miracle dans un corps de guitare, sans pied à coulisse ni autre mesure que son habileté naturelle.

Datation des instruments

La liste des clients et instruments ayant été en grande partie perdue avec les factures lors de la fermeture du dernier atelier, il est pratiquement impossible de préciser le type exact, la date de fabrication et la destination précise d'un instrument de seconde main.

En revanche, on peut se fier au numéro de série du type AAnnnn ou bien nnnnAA, où AA désigne l'année du siècle (le 20ème évidemment)  et nnnn le rang de fabrication de l'instrument dans l'année.

Ainsi, parmi mes guitares,

une Gimenez n° 01 62665 est le 626ème instrument de l'année 1965
une Gimenez n° 82 0564 est le  564ème instrument de l'année 1982
une J5 n° 860653 est le 653ème instrument de l'année 1986

Comme le système peut varier d'un instrument à l'autre, il faut d'abord déterminer les deux chiffres identifiant l'année, le rang étant alors défini.

Pierre Cullaz rajoute, qu'à son avis, un groupe de deux chiffres indique le mois et que l'on devrait lire:

- une Gimenez n° 01 62665 est le 626ème instrument du mois de janvier de l'année 1965, ce qui est peu vraisemblable,
  ou bien le 65ème du mois de juin, ce qui est plus vraisemblable mais dénie toute interprétation au 01.
- une Gimenez n° 82 0564 est le  64ème instrument du mois de mai de l'année 1982
- une J5 n° 860653 est le 53ème instrument du mois de juin de l'année 1986

Ceci est fort possible, mais certaines contradictions donnent à penser que le système de numérotation à évolué au cours des ans, et que, Roger lui-même, se montre aujourd'hui incapable de trancher, en raison de la disparition des archives Jacobacci.

Une interview de Roger Jacobacci par "laguitare.com" fait même apparaître  une datation fantaisiste, mais péremptoire, de ses instruments qui ne peut que tromper les amateurs. (sans parler d'une photo de Roger jouant une guitare, alors qu'il ne les approche que par l'intermédiaire de son ciseau à bois).

Mais business is business!

PS: cette guitare est une des trois dernières véritables Jacobacci, faites par Roger, après le décès de Dédé et fermeture de l'atelier. (Roger est photographié ici avec celle destinée à son fils).

Enfin, une interprétation des datations plus vraisemblable est donnée sur LE LIVRE, que je vous invite à acheter.

                  


Haut de page


En pratique - Facts

 
1 - La période pré-1954

L'histoire des instruments JACOBACCI commence dans les années 20 lorsque Vincent, père de douze enfants, dont Roger et André, quitte sa Sicile Natale.

Vincent JACOBACCI devient très vite un proche de MACAFERRI, et nombre d'ouvriers très célèbres passent alors par son atelier : Di Mauro, Buccolo, Pappalardo.

L'atelier familial de Vincent  a compté jusqu'à douze ouvriers et trois succursales, deux parisiennes et une bruxelloise, et fabriquait en majorité des banjos-guitares et des banjo-mandolines destinés à l'Europe entière prolongée jusqu'au Maghreb.

Dès 1952, les deux frères convainquent le père de construire des guitares "sunburst" ainsi que des micros nommés "Stevenson" et réalisent les premières "Royals".

Parallèlement, les amplis "Stevenson" voient le jour.

A l'entrée de l'atelier de la rue Duris figurait déjà la célèbre pancarte, où on lisait cet ordre impératif mais jamais respecté:

SOYEZ
BREF...
SVP

2 - La période "Royal" ou Major Conn, de 1954 à 1964

En 1954, le magasin Major Conn de Pigalle s'adjuge l'exclusivité du matériel désormais fabriqué par Roger, accompagné  de Dédé, rescapé d'une période hôtelière, à partir de 1958.

Ouf, il était temps, ... car en 1956,  j'achetais ma première Royal après avoir fait mes premières armes sur une guitare innommable munie d'un micro Steamer, pour faire "comme Django"!

A cette époque, pas une Gibson ou Fender n'étaient importées à Paris et l'heureux propriétaire d'une telle merveille (achetée aux USA ou en Belgique et transportée céans par lui-même) faisait l'objet de l'admiration inconditionnelle de tous les gratteurs de poêles à frire.

  • La Royal

Véritable 175 "à la française", la Royal, précédemment disponible en version acoustique, était structurellement un modèle:

  • "arch top" (table bombée),
  • dos, également bombé
  • corps et dos en "plywood" (contreplaqué)
  • table, éclisses et dos plaqués érable tigré
  • ouies en "f"(type violon)
  • "round cutaway" (découpe arrondie) ou bien même parfois sans cutaway
  • barrage en "H" (par opposition au barrage en X)
  • chevalet palissandre ou aluminium, réglable en hauteur,
  • cordier métallique articulé "brasé maison"
  • manche boulonné, bois ou alu
  • touche palissandre, repères carrés.

Elle était équipée en série de deux (un seul sur commande, voire, trois) micros RV Tonemaster.

RV (Radio Vidéo) était la marque créée par Stéphane (Steve) Brammer qui a commencé à fabriquer des micros et amplis pour Roger, après avoir arboré le sigle "Stevens", voire "Stevenson" (d'après Stanislas Grenet du Musée des Musiques Populaires de Montluçon)

Témoin, la photo de la plaque fournie au musée par Mme Brammer:

Le manche, à touche de palissandre, était en bois à l'origine, muni de deux tiges de renfort non réglables et boulonné sur le corps par un seul boulon.

En raison de son manque de tenue dans le temps, suivant un brevet déposé en 1958, ce manche a été remplacé par un manche en aluminium qui a nécessité la collaboration de Saint Gobain pour la confection d'une colle spéciale et d'une étuve permettant à la touche (bois) d'être fixée solidement sur le manche (aluminium).

Pour ma part, je n'ai jamais apprécié ce type de manche qui laissait une sensation de "froid" à la main gauche (pour un droitier, évidemment).

Elle était disponible en version "sunburst" ou blonde et, déjà, susceptible de "customisation" sur commande spéciale.

Par exemple Johnny Halliday s'est montré, à ses débuts, faisant semblant d'être un virtuose de la Royal sans cutaway (avant de simuler le grattage frénétique d'une "Ohio").
Sa virtuosité, dans tous les domaines, s'est arrêtée là. (Réflexion conciliante de Roger: "ça ne se dit pas")
Mais si, Roger, ... je le dis.

La mienne était sunburst, cutaway, manche bois, 1 seul micro (très rare, mais on n'est pas des sauvages, ... comme les twisteurs yé-yés) et j'ai réussi à en jouer.
Depuis, ce type de guitare électrique à micro unique représente ce que je nomme "une guitare d'homme", par opposition au guitares à micros multiples.
Les jazzmen comprendrons.

  • La Super de Luxe

Si mes souvenirs sont bons, la Royal étai une guitare au format court analogue à la Gibson ES 175 (diapason 54 cm), alors que la Super de Luxe était une version "improved" au format supérieur (diapason 59 cm) et à la décoration améliorée.

  • La Royal 2

Par ses dimensions (diapason 63 cm), ce modèle se rapprochait encore plus de la Gibson L5, mais toujours avec une table en "plywood".

  • La Texas et l'Ohio

En 1959, la période yé-yé s'enflamme et les Jaco's brothers inventent pour les Chaussettes Noires une sorte de "machin" plus ou moins inspiré  de la Fender Strato, nommée Ohio.

Une planche, deux (ou trois) micros, un vibrato Hagström, manche alu, vendue à l'époque 100 Francs à Major Conn , cette gratte atteint aujourd'hui sur le marché de l'occasion, des prix que la morale réprouve.

Quasi simultanément, les Chats Sauvages refusant de jouer sur les mêmes grattes que leurs concurrents directs, naît la Texas.

Cette fois-ci, l'inspiration vient de la  Gibson Les Paul.

Deux (ou trois) micros montés sur un corps Gold Top façon LP Standard, mais ouvrant complètement grâce à une face arrière en imitation tortue déposable, la Texas était née.

Un astucieux chevalet métallique, dont les pontets étaient constitués de roulettes, rendait son réglage corde par corde très aisé.

Plus tardivement le corps était disponible en version pailletée

La mienne était manche bois, Gold Top, 1 seul micro (toujours snob, le gratteux) et a terminé sa carrière en Guadeloupe, transformée en basse à six cordes.

Pour les manches, dès 1963, Roger fabrique des barres de renfort réglables qui vont équiper tous les modèles.
La barre employée est de section carrée et coulisse dans un logement quasi rectiligne, contrairement aux autres luthiers ou constructeurs qui utilisent  une logement courbe au long du manche.

Il est bien possible que ces deux particularités (tige de section carrée et logement rectiligne) soient deux éléments déterminants du "son" Jaco, si particulier. 

3 - La période "Impérial custom", de 1964 à 1994

Libres de la tutelle paternelle et du quasi esclavage Major Conn, bien conseillés par Sacha Distel qui les incite à afficher la marque Jacobacci sur leurs instruments, toujours sous la fameuse bannière 

SOYEZ
BREF...
SVP

,  qui me permettait de rester toute la journée dans l'atelier à discuter en les regardant travailler, les frères vont entamer une période de création de modèles prestigieux.

Ce, au grand dam de Major, qui, à force de dire aux musiciens "n'allez pas chez Jacobacci", les a fait connaître de la France entière, et fait péricliter son rayon "guitares électriques".

Cependant le sigle pseudo US de "Rogands guitares" ("Rogands", pour Roger and Dédé ... toujours très "américains"), qui caractérisait leur ancienne dénomination, a longtemps persisté sur les étiquette collée à l'intérieur de leurs guitares, conséquence probable d'un stock pléthorique de vignettes.

Dans le même temps, de nombreux modèles uniques plus ou moins farfelus ont été créés "custom made" pour des musiciens inventifs, des vedettes,  des organismes caritatifs ou ... des fous furieux. Telle la superbe guitare en forme de continent d'Africain, crée pour l'association "Band Aid".

Plus généralement, les guitares construites à cette époque ne faisaient jamais partie d'un stock rigoureusement prévu, mais étaient réalisées sur commande, de sorte que deux instruments strictement identiques étaient bien rares. D'où ma dénomination de période "Imperial Custom".

  • Les modèles Studio II et III

A la demande de nombreux professionnels et surtout des "requins de studio", un type justement appelé "Studio" a été créé sur la forme Les Paul, évidemment "solid body" pour minimiser le "feed back" (larsen). Ces guitares, généralement customisées pour chaque "pro", étaient souvent munies de micros Benedetti, choisis pour leur précision sonore. Un nombre, souvent impressionnant, de "switches" permettait toutes les combinaisons souhaitées par "l'artiste" y compris la possibilité de court-circuiter les potentiomètres de (dé)réglage" . Le modèle de base était désigné par le nombre de micros souhaités (II ou III).

Les cavités présentes dans le corps de ces instruments sont typiquement "Jaco" et ne doivent rien à la Gibson Les Paul. Elles participent grandement, d'après Pierre Cullaz, à leur qualité spécifique et leur succès. 

Ces modèles ont fait fureur dans les studios d'enregistrement, malgré l'idée de Roger, que je partage entièrement::

Une VRAIE guitare électrique, une pour mec, une pour tatoué qui sent bon le sable chaud, une qui sonne, c'est UN SEUL micro EN POSITION "NECK" avec éventuellement 2 potards pour les "jours sans", mais OUVERTS A FOND. Les autres guitares ne servent qu'aux handicapés, aux mous du bulbe, aux malentendants, fussent-ils musiciens de studio (si, si, ...  les requins-sourds, ça existe, ... comme il existe des requins-marteau!).

Ca s'appelle une "guitare d'homme", pour Roger et moi.

Mon ami Gérard la Viny († 2009) et sa "Royal d'homme"

Une précision apportée par André Duchossoir, qui a fréquenté les ateliers des luthiers chaque samedi matin pendant de nombreuses années:

"Un aspect technique technique important (selon moi) des Jaco Studio était leurs contacteurs individuels par micro (on/off) et surtout la sortie directe qui permettait de contourner les contrôles de la guitare pour se régler uniquement à l'ampli. Outre sa particularité, j'ai le sentiment que ce montage reflète bien la philosophie de Roger qui aimait à dire que la guitare électrique parfaite n'a pas de contrôles hormis les doigts du guitariste". (fin de citation)

Je n'aurais pas dit mieux.


Photo montrant un espion indien (Roger Jacobaci), prisonniers des redoutables soldats, Marcel Dadi (à gauche) et André Duchossoir (à droite).
 

Photo prise lors de leur voyage commun aux USA en 1977
Publiée grâce à l'amicale autorisation exclusive d'André Duchossoir, et la bénédiction de Roger Jacobacci.

  • La JD-80

Puis André ajoute:

"Le modèle dont je peux parler est la JD-80. Modèle solid body en zebrano superbe conçu en 1979 après le voyage que Roger et moi et nos épouses avions fait aux USA durant l'été 1978. Nous avions notamment bien aimé les guitares de Alex Axe dans la 48ème avec leur talon sculpté facilitant l'accès aux registres aigus. En outre, nous avions découvert ( à Francfort ou aux USA - je ne m'en souviens plus) les chevalets "Bad Ass" une pièce. Bref, la JD-80, était un modèle moins traditionnel, mais dans l'esprit de l'époque". (fin de citation)

  • Les "Gimenez"

Conçue à l'origine pour le guitariste Raymond Gimenez, un des membres éminents des Guitar Unlimited (Pierre Cullaz, Raymond Gimenez, Francis Le Maguer, Paul Piguillem et consorts), la "R.Gimenez" dite plus simplement "Gimenez", est construite à partir de la forme et dimensions de la Gibson L5, forme "parfaite" d'après Roger.

Suivant la nouvelle tradition "Jaco" continuée jusqu'en 1994, la table était massive, préformée à chaud et finition sculptée.
Ce procédé, destiné à simplifier la méthode de sculpture dans la masse usuelle, était justifié par le fait que leurs guitares n'étaient pas destinées au jeu acoustique, mais laissait quelquefois les tables sujettes à des fentes intempestives au cours des ans. 

Contrairement à la tradition Gibson, elles étaient généralement fournies avec une "frette zéro", frette située juste à côté du sillet de tête, sur laquelle reposent les cordes à vide et qui évite les très délicats réglages en hauteur du-dit sillet. 

Mais comme chaque "Gimenez" est unique dans ses détails, j'ai choisi d'écrire LES "Gimenez". Par exemple, on peut trouver des "Gimenez" de forme Gibson Super 400 (pour Marcel Dadi)

Le modèle de départ, sharp cutaway, sunburst, possédait un micro Charlie Christian original. Gérard Marais a eu la même, mais blonde, qu'il joue toujours aujourd'hui.

La Gimenez originale appartient aujourd'hui à Jean¨Pierre Lamarque, pour qui Roger et André l'ont restaurée en 1985, mais amputée de son cordier, qui a été monté redoré ... sur ma J5CN, comme un échange de mails nous l'a fait admettre a tous deux.

Toutes les variantes possibles ont été déclinées, ce modèle n'ayant existé que sur commande.

Cette "Rolls-Royce" du guitariste français atteint actuellement des cotes importantes mais encore sous-évaluées, à mon avis, sur le marché de l'occasion.

La mienne (plus exactement, ma première Gimenez) était sunburst, sharp cutaway, munie, comme souvent, de deux micros Benedetti ultra puissants (comme des étalons) et sensibles (comme des pucelles), avec un manche de rêve comme savaient le faire les frères. Je l'ai gardée 25 ans, avant de recevoir la J5.

Ma seconde était blonde, sharp cutaway (découpe vénitienne), avec un micro flottant et fait partie des 7 cordes faites sous l'inspiration de Pierre Cullaz. Je n'en connais pas le premier propriétaire, car Roger a malheureusement délaissé les archives lors la fermeture définitive de l'atelier. Elle a été revendue à l'ami Didier Puech, amateur comme moi, de Gimenez ... et de Mac.

  • Les "Sacha Distel"

Toujours vers 1964, Sacha Distel qui avait usé et abusé de la Gibson L5,  puis de la L-4 custom à finition L-5 (précision André Duchossoir),  leur a commandé un modèle au format intermédiaire entre l'ES-175  et la L-5.

Le modèle original, contrairement à la série, possède une table massive (comme une L-4), ainsi que j'ai pu le constater chez mon pote Hertz qui l'a eu en magasin récemment. Comme j'essayais la gratte, nous avons eu la surprise de voire débouler Sacha Distel lui-même. D'après Pierre Cullaz, Sacha aurait très peu joué ce modèle, ce qui nous a entraîné à parler d'autre chose que du jazz en évoquant la carrière de "mon cher Chacha".  

En résumé, une "Sacha Distel" du rang est une "Gimenez" courte (mais plus "longue" que l'ES 175, comme me l'a indiqué Pierre, qui en possède toujours une aujourd'hui) et avec table en plywood.

  • Les JJ1 et JJ2 (1 ou 2 micros) 

Inspirées de la dimension de la petite Ibanez Benson et de la Gibson Howard Roberts et sous l'approbation de Pierre Cullaz, naît la JJ (pour Jaco Jazz) au début des années 80, guitare à caisse réduite et munie d'une poutre centrale, à la Gibson ES 335, mais aux tables avant et arrière totalement libres. Le but était d'avoir le son d'une guitare de jazz avec un larsen minimisé.

Pierre raconte qu'un jour qu'il situe fin 1981, en présence du fameux André Duchossoir, les frères lui ont montré une tentative réalisée dans ce sens. Après essais de la "chose", il en a fait commande immédiate et sa première JJ2 lui a été livrée en févier 83 et ne l'a jamais quitté depuis.

En effet, quoi que grand amateur de guitares de jazz à micro unique, type L5 ou Gimenez, une guitare plus petite, à deux miros et avec moins de larsen, lui convient parfaitement pour le travail de routine en studio ou pour dispenser ses cours.

Le corps est doublé d'un plaquage d'un érable moucheté du plus bel effet (partagé par la J5) par et les micros sont généralement des Gibson, accastillage métallique doré.

Pierre possède actuellement deux JJ et dispense aujourd'hui (en l'an 2004) ses cours au Cim à l'aide d'une d'entre elles.

4 - Le modèle J5 (pour "Jacobacci 5", comme il existe une L-5 pour "Lloyd Loar 5", célèbre concepteur des années 20, chez Gibson)

En 1985, sentant la retraite venir, les frères ont senti le besoin de faire une petite série "pour la gloire".

Une  série très limitée d'une dizaine de guitares à été fabriquée sur un modèle de base unique et destinées à de "grands amateurs":

  • guitares toutes blondes

  • formes L5 "round cutaway" (non cutaway pour un exemplaire unique)

  • électriques ou acoustiques, sur demande

  • tables massives, pressées-sculptées

  • manches touche ébène, frette 0 "spéciale", incorporée au sillet

  • chevalets posés, "façon ébène", (à remplacer illico presto)

  • filets décoratifs multiples (8 épaisseurs)

  • sillets de tête doublés d'une épaisseur de laiton, faisant office de frette 0 métallique

  • éclisses et fonds finition érable moucheté, comme la JJ

  • sauf exception, dotées d'un seul micro "neck"

  • dos et éclisses laminés, malgré (ou à cause de) sa décoration somptueuse et le "look" appairé des dos (toujours comme la JJ, dont elles partagent le plaquage)

  • manches à talon particulier

  • encastrement "spécial" des manches, qui laisse la table entièrement libre, contrairement à la Gimenez

  • malheureusement, "pick-guard" qui se délite (à remplacer rapidement)

En fait, malgré ce qui peut être lu, la dizaine de J5 strictement identiques (mis à part la non cutaway) a été faite en une seule fois au début de l'an 1986, puis assemblée et vendue entre 1986 et 1992, avec l'équipement en micro choisi par le client.

Par exemple, la mienne m'a d'abord été livrée acoustique, avant la pose du Charlie Christian qui a tardé à être disponible et qui la transformait de  J5-CN en J5-CEN-CC, le top du top.

Ma J5CN, avant pose de micro.
"Pickguard" original, aujourd'hui entièrement pulvérisé.

J5CESN, la même avec micro "Charlie Christian 1938" original.
Superbe "pickguard" François Guidon.

On peut apprécier l'évolution de la coloration naturelle du vernis!

Hormis l'unique J5 non "cutaway", qui a en outre été livrée définitivement "acoustique", elle ont toutes été siglées "J5 CN" (Cutaway, Natural)

A l'atelier du 7 rue Duris, trois J5 différentes, dont une acoustique cutaway (vraisemblablement la mienne).

Ma "petite femme chérie", Ririse, avait alors décidé de me faire plaisir, d'où le dialogue:

Ririse: "Je ne sais pas si j'ai raison de t'en parler, mais j'ai  l'intention de commander une guitare pour toi chez  les frères Jacobacci"

Ma pomme: "Glup! Gasp! (spasmes de surprise) Smack et resmack (bises)! Une Jaco faite pour moi! Tu as bien fait de m'en parler, assurément".

De sorte que j'ai passé six mois à squatter, deux après midi par semaine, l'atelier de la rue Delaitre, précisément sous la pancarte

SOYEZ
BREF...
SVP

 , en guettant l'avancement de ma guitare pour laquelle j'ai eu droit de choisir, parmi les pièces préparées pour toute la petite série,  le manche, la caisse, la table, ainsi que le cordier (celui de la Gimenez originale, volé à  mon ami Jean-Pierre Lamarque, d'après ce dernier) , le chevalet, ainsi que le couvre réglage siglé "Custom". Le sillet de tête a été monté flottant (non collé), comme pour toutes mes guitares (chut, c'est un secret).

C'est donc LA J5 la plus customisée au monde, en plus d'être la plus jacobaccisée dans le plus pur "esprit Roger".

(En passant, il faut bien avouer que le client "lambda" avait uniquement le droit ... d'être bref).

En prime, elle a été choisie pour représenter les guitares Jacobacci en page 110 du bouquin de Cabrel, en tant que "chef d’œuvre" Jacobaccien.

Puis-je vous indiquer qu'elle n'est pas à vendre?

(curieusement, Roger a oublié aujourd'hui (2003) la dénomination J5 qui figure pourtant à l'intérieur de ma gratte et sur la facture. Il est vrai que la série n'a compté qu'une dizaine d'instruments "exceptionnels")

Peu de temps après, plus précisément en février 91, André nous quittait, laissant Roger abattu et incapable de retourner seul à l'établi commun. Et la fermeture de l'atelier en 1994, à laquelle j'ai assisté, n'était pas très gaie.


5 - Les trois dernières "véritables" Roger Jacobacci secrètes (exclusif).

Voici la déclaration de Jean-Pierre Lamarque concernant ces modèles, dans un mail qu'il m'a adressé le 3 avril 2004:

Citation:

"Par contre je  ne possède pas la dernière Gimenez, car après la mort de Dédé, Roger avant d'arrêter son activité, a fabriqué dans le secret, trois guitares, qui sont - elles - les dernières. Deux R2 magnifiques, blondes si mes souvenir sont exacts, l'une pour Alain, son fils et l'autre pour le fils de Dédé, afin de léguer un peu de la vie des "Jacos" à sa famille et une Distel Rouge transparent, round cutaway s'il vous plaît, un seul micro "Paf" avec une dédicace collée au fond de l'ouïe qui est une déclaration de tendresse qui résume nos liens d'amitié.

Ce sont ses trois dernières.

Il a par contre fabriqué l'année avant, sur commande, sa dernière Gimenez, "round cutaway" aussi, pour Gérard Amselhem (orthographe non garantie), qui  la possède toujours et qui ne la lâcherait pour rien au monde...."  

Fin de citation.

Je crois bien que Jean-Pierre est le seul guitariste  qui a eu droit à, au moins, deux guitares Jacobacci gratuites: la Gimenez originale restaurée à son intention, et cette superbe Sacha Distel.


6 - La période "solitaire", de 1994 à 2010.

Depuis, Roger était retiré dans sa campagne et venait de temps en temps à Paris pour veiller au travail de Guitar Garage, rue de Douai, dont il était resté conseiller technique jusqu'à son décès en 2010.

2003 à 2005, Roger s'était consacré à la fabrication de nouvelles basses Jacobacci, organisée par la firme Camac, en collaboration avec Benedetti, pour la partie micros.

Malheureusement, un membre de la famille à mis son veto sur l'utilisation commerciale du nom Jacobacci !!!

Aurait-il considéré le métier de luthier comme infamant ?

7 - Ménilmontant, le royaume Jacobacci.


Mais oui, Madame!

Ménilmontant (en 1224: "Mesnolium mali temporis", le mesnil du mauvais temps), ancien quartier de la commune de Belleville, malgré son nom, a fait les beaux jours des ateliers Jacobacci.

Ces derniers ont voyagé de part et d'autre de la rue des Panoyaux (du nom d'un ancien vignoble dénommé le Pas-Noyaux, planté d'un cépage sans ... pépins).

Installé tout d'abord Cité du Labyrinthe (ainsi nommée à cause de ses dédales de voies secondaires), l'atelier de Vincent permettait de revendiquer deux adresses ... pour un seul atelier, la cité débouchant à la fois rue de Mènilmontant et rue des Panoyaux.

Puis, l'atelier à migré au 7 rue Duris (nom d'origine inconnue) en traversant la rue des Panoyaux.

Le numéro 7 a aujourd'hui disparu, remplacé par une portion de la nouvelle rue Jacques Prévert

Enfin, après une autre traversée de la même voie, les frères Roger et André se sont fixés rue au 12 Delaître (du nom d'un ancien propriétaire), jusqu'au décès d'André, immédiatement suivi de la prise de retraite de Roger.


8 - Puis Zorro est arrivé!


Un jour, mon ami (et luthier) Gérard Beuzon, m'a présenté un étrange personnage du nom de Marc  Sabatier, Montpelliérain qui possède une énergie pire que la mienne au service des instruments Jacobacci.

Marc m'a fait l'honneur de solliciter une collaboration, pour élaborer ses propres pages, qui vont énumérer les guitares qu'il va répertorier progressivement chez leurs propriétaires actuels, avec leurs principales caractéristiques.

Marc Sabatier est arrivé, sans s'presser, et à pris avantageusement le  relais d'un travail que j'aurai eu le mérite d'avoir initié.

Allez vite voir l'évolution de son œuvre, à  l'adresse: http://lesguitaresjacobacci.free.fr/ 


              


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Poil à gratter - Itching powder


 
Qu'ont d'aimable ou de détestable les "Gimenez" et J5?
Pourquoi mon pote Hertz ne sait pas les jouer?
Pourquoi je les préfère à toutes les Gibson?

J'ai bien des idées mais pas de certitudes.

Tout d'abord, si on veut opposer les deux sonorités:

  • Les Jaco(s) sonnent très clair, avec une énorme dynamique qui permet au guitariste de "sculpter" attaque et sonorité à sa guise.
  • C'est moi qui joue sur une Jaco, alors que c'est "Monsieur Gibson" qui joue, dans l'autre cas.
  • De sorte qu'il est impossible de jouer une Jaco sans une maîtrise totale, mais qu'elle est plus fidèle à l'expression propre au guitariste.

  • Les Gibson(s) ont une attaque moins percutante, moins susceptible de variations, mais plus propice à une éventuelle saturation de l'ampli.
  • De l'autre côté, j'aurais tendance à dire qu'une Gibson pardonne beaucoup plus les approximations, au détriment d'une attaque et d'un son plus standardisé.

En résumé:

Une Jaco est obéissante, claire ET dynamique, alors qu'une Gibson reste impersonnelle, mollassonne OU agressive.

Si on veut opposer les lutheries:

Par exemple, entre une L5 et une "Gimenez" (ou une J5), la grande différence réside dans la table:

- sculptée dans la masse chez Gibson,
- moulée à chaud,et sculpture affinée ensuite à la lame de rasoir et papier de verre pour une Jaco.

Structurellement, la différence que l'on retrouve également chez toutes les Jaco à tige de renfort réglable, par rapport aux Gibson est la suivante:

- tige à section circulaire glissée dans une rainure courbe chez Gibson
- tige à section carrée glissée dans une rainure quasi rectiligne dans les premières années, puis totalement rectiligne, chez Jaco

Dans les deux types de construction, tous les autres paramètres pouvant varier, il est vraisemblable que la différence des sonorités qui reste quasi constante entre, par exemple, toute L5 et toute "Gimenez", vienne de ces deux paramètres, renforcés par la fameuse "frette zéro", chère aux deux luthiers.

Ceci reste une opinion contestée, mais je la maintiens, tant qu'on ne m'en aura pas démontré la fausseté.

A titre de justification, je peux indiquer mon expérience personnelle réalisée sur une "Gimenez" et qui a été le point de départ de cette dernière interprétation: remplacer les deux micros Benedetti par deux  Gibson PAF originaux n'a aucunement affecté le son "typiquement Jaco" de la guitare.

Consulté sur ce point, Roger avoue... qu'il ne sait pas... que j'ai peut-être raison... et peut-être tort ...??
Puis il ajoute: "Mais pourquoi tu t'intéresses à notre travail ? On le faisait du mieux possible, ... c'est tout!"

Je n'ai pas eu la présence d'esprit de lui dire "mais parce que tes guitares, c'est toute ma vie, depuis 1956".

Suivant votre humeur, aventureuse ou pantouflarde, soyez Jaco ou Gibson.

Sur ce, allez vite voir les photos.

                  


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Mise à jour, par Jean-Pierre "lbop" Bourgeois, Ingénieur-conseil ©
 

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